Du côté des psychanalystes

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Message par kellie le Jeu 18 Nov - 7:49

Du côté des psychanalystes.
Pour tenter d'expliquer l'origine de l'inceste, Freud s'est notamment référé à une hypothèse de Darwin à propos de " l'état social primitif de la société ". En partant de l'observation de singes supérieurs, Darwin émet l'hypothèse que l'homme aurait également vécu en petites hordes. Le gorille possédaient plusieurs femmes qui n'appartenaient qu'à lui. Lorsqu'un jeune mâle grandit, il entre donc en compétition avec les autres pour dominer à son tour : le chef de la société étant celui qui a tué et chassé tous ses concurrents. Les jeunes mâles, ayant été chassé, errent alors et, lorsqu'ils trouvent une femme, se dont fort d'empêcher à leur tour les unions consanguines. Chaque fils chassé pouvant alors fonder une horde analogue, le loi d'exogamie, progressivement, a fini par s'instaurer à l'état de loi consciente.
Sigmund Freud a repris le mythe de la horde primitive pour " rendre compte de la persistance de certaines réalités psychiques ". À l'origine existait une horde où un primate représentant le chef mâle s'appropriait toutes les femmes du totem, en avait donc le monopole. Ses fils, envieux, menèrent une révolte contre ce père tout-puissant. Bien que leurs sentiments demeuraient ambivalents vis-à-vis de lui, ils décidèrent de le tuer. Ils se partagèrent alors le corps et le mangèrent. " S'il est vrai que les frères s'étaient ligués pour triompher du père, auprès des femmes ils étaient rivaux l'un de l'autre. Chacun aurait voulu les avoir toutes pour lui, à l'instar du père, et la nouvelle organisation aurait péri dans la lutte généralisée. " (Freud ). Pris entre le sentiment de culpabilité lié au meurtre du père et le désir de lui succéder, les fils décidèrent d'abandonner le système de la horde primitive par celui de l'" échange ". Ils prohibèrent ainsi l'inceste en s'interdisant de s'unir à une femme du même totem : il s'agissait alors d'une loi d'exogamie.
Afin de parfaire cette description, citons un extrait de Freud: " Nous savons que les membres du clan se sanctifient par l'absorption du totem et renforcent ainsi l'identité avec lui (...). La psychanalyse nous a révélé que l'animal totémique servait en réalité de substitut au père, et ceci nous explique la contradiction (...) : d'une part, la défense de tuer l'animal ; d'autre part, la fête qui suit sa mort, fête précédée d'une explosion de tristesse. L'attitude affective ambivalente qui, aujourd'hui encore, caractérise le complexe paternel chez nos enfants et se prolonge quelquefois jusque dans la vie adulte s'étendrait également à l'animal totémique qui sert de substitut au père. En confrontant la conception du totem, suggérée par la psychanalyse, avec le fait du repas totémique et avec l'hypothèse darwinienne concernant l'état primitif de la société humaine, on peut acquérir une compréhension plus profonde et on entrevoit la perspective d'une hypothèse qui peut paraître fantaisiste, mais présente l'avantage de réaliser entre des séries de phénomènes isolées et séparées, une unité jusqu'alors insoupçonnable. Il va sans dire que la théorie darwinienne n'accorde pas la moindre place aux débuts du totémisme. Un père violent, jaloux, gardant pour lui, toutes les femelles et chassant ses fils à mesure qu'ils grandissent : voilà tout ce qu'elle suppose. Cet état primitif de la société n'a été observé nul part (...). En nous basant que la fête totémique, nous pouvons donner à cette question la réponses suivante : un jour, les frères chassés se sont réunis, ils sont devenus entreprenants et ont pu réalise ce que chacun d'eux, pris individuellement aurait été incapable de faire. Il est possible qu'un nouveau progrès de la civilisation, l'invention d'une nouvelle arme leur aurait procuré le sentiment de leur supériorité. Qu'ils aient mangé le cadavre de leur père - il n'y a à cela rien d'étonnant, étant donné qu'il s'agit de primitifs cannibales. L'aïeul violent était certainement le modèle envié et redouté de chacun des membres de cette association fraternelle. Or, par l'acte d'absorption ils réalisaient leur identification avec lui, s'appropriaient chacun une partie de sa force. Le repas totémique, qui est peut-être la première fête de l'humanité, serait la reproduction et comme la fête commémorative de cet acte mémorable et criminel qui a servi de point de départ à tant de choses : organisations sociales, restrictions morales, religions. "
Atkinson , ayant vécu avec les indigènes de Nouvelle-Calédonie, a constaté que les conditions de vie de la horde primitive telles que les décrivait Darwin, s'observaient régulièrement dans les troupeaux de bœufs et de chevaux sauvages et aboutissent toujours au meurtre du père. De plus, le meurtre du père était toujours suivi d'une désagrégation de la horde : " Les fils succèdent par la violence au tyran paternel solitaire et tournent aussitôt leur violence les uns contre les autres, pour s'épuiser dans des luttes fratricides " (Atkinson ).
" Les prohibitions tabou les plus anciennes et les plus importantes sont représentées par les deux lois fondamentales du totémisme : on ne doit pas tuer l'animal totem et on doit éviter les rapports sexuels avec les individus du sexe opposé appartenant au même totem " (Sigmund Freud, Totem et Tabou ).
Freud écrit : " Le respect de cette barrière est avant tout une exigence culturelle de la société, qui doit se défendre contre l'absorption par la famille d'intérêts dont elle a besoin pour établir des unités sociales plus élevées et qui, de ce fait, tente par tous les moyens de relâcher chez chaque individu, et spécialement chez l'adolescent, le lien qui l'unit à sa famille et qui, pendant l'enfance, est le seul qui soit déterminant. " L'interdit de l'inceste serait donc, pour le père de la psychanalyse, éminemment culturel rejoignant les théories anthropologiques.
Le mythe d'Oedipe comme nous avons déjà pu le décrire lors d'une précédente partie inspira Freud et la psychanalyse : il en découvrit le " complexe d'Oedipe ". Dans Totem et tabou, Freud envisage l'interdit de l'inceste comme la loi universelle réglant les échanges matrimoniaux et comme père fondateur du Complexe d'Oedipe.
Les première théories psychanalytiques associent le tabou de l'inceste et celui du meurtre et du cannibalisme : l'inceste réalisé serait la résultat de la non élaboration des fantasmes oedipiens qui structurent la personnalité de chaque individu. Le mythe de la horde primitive et le mythe d'Oedipe seraient la base d'explication de cette prohibition qui empêcherait de tuer son père et d'épouser sa mère. L'intériorisation de cet interdit fondateur serait à l'origine de la culture et de l'humanité.
De plus, Freud présente l'opinion d'Havelock Ellis à laquelle il adhère : l'habitude de vivre ensemble depuis l'enfance réduit les excitations sexuelles entre les personnes, émoussant leurs désirs érotiques réciproques. Frazer , cité également par Freud adopte une position opposée à celle de Westermark : tout d'abord, l'instinct pousserait à l'inceste ; ensuite, l'homme se rendrait compte que cet instinct est nuisible au point de vue social ; alors l'inceste serait réprimé par la loi. Freud ajoute que , selon l'expérience de la psychanalyse, " les premiers désirs sexuels de l'homme adolescent sont toujours de nature incestueuse ".
Lévy Strauss, lui, s'opposent à la théorie freudienne. Selon cet auteur, l'interdit de l'inceste se fonde bien sur des lois naturelles universelles, mais s'exprime dans la culture selon une structure semblable à celle du langage. L'inceste réalisé serait donc la conséquence d'un non-dit, d'une non-transmission de l'interdit. Lacan précise d'ailleurs que l'enfant ne peut accéder au symbolique que par le concours de la Loi édictée par le père, celle qui signifie l'interdit de l'inceste.
De Lannoy et Feyereisen (" L'inceste", De Lannoy et Feyereisen, QSJ, PUF) ont énoncé neuf points de critique à propos de l'interprétation freudienne de la prohibition de l'inceste.
1) Freud suppose un état social dans lequel la prohibition peut se manifester alors que c'est précisément celle-là même qui caractériserait l'émergence d'un état social.
2) Le mythe de la horde primitive ne correspond ni à une réalité observable, ni à un fait historique, ni même à la représentation que l'anthropologie se fait de nos jours de la vie sociale de nos ancêtres les plus reculés. Plus discutable encore s'avère le principe même du passage d'une description des moeurs d'une espèce de primates vivant aujourd'hui à celle de nos ancêtres.
3) Les interprétations d'Atkinson sur les troupeaux de bœufs et de chevaux sauvages n'ont qu'un intérêt historique et n'ont guère reçu de confirmation en éthologie.
4) On a reproché à Freud d'assimiler abusivement les " primitifs ", les enfants et les malades mentaux. Leurs fonctionnements mentaux respectifs ne peuvent être réduits les uns aux autres . (Lévy-Strauss )
5) Quand Freud traite des " primitifs ", il se réfère en fait, à l'instar de Durkheim , aux Aborigènes d'Australie. Les anthropologues critiquent l'assimilation de toutes les sociétés archaïques à celles des Aborigènes. D'ailleurs certaines sociétés archaïques ne sont pas totémiques.
6) Les sociétés Aborigènes sont unilinéaires : la descendance se transmet en ligne direct soit par le père, soit par la mère. Il est d'autres sociétés où la descendance se transmet à la fois par le père et la mère. Les effets de la prohibition de l'inceste peuvent être différents puisque les personnes caractérisées comme parentes et avec qui les relations sexuelles sont interdites ne sont pas les mêmes dans les deux cas. De plus, même dans les sociétés unilinéaires, les restrictions sexuelles varient de société en société.
7) " Totem et Tabou " considère l'inceste entre le fils et le mère, entre le frère et la sœur, entre le père et ses filles. L'analyse est faite au point de vue de l'homme. Les féministes reprocheront à Freud sa perspective " machiste " - sans doute contingente à l'image de la femme dans la société viennoise d'avant la Première Guerre Mondiale. Sur les rôles et les initiatives possibles de la mère, de la fille et de la sœur dans les rapports incestueux, rien n'est dit explicitement. Enfin, des formes d'inceste, impliquant des degrés de parenté éloignés (entre oncle et nièce, par exemple), ne sont pas prises en compte, pas plus que les incestes homosexuels.
Cool Si les rapports incestueux sont évités par instinct ou habitude entre personnes familières entre elles depuis l'enfance et généralement de même sang, pourquoi, une loi serait-elle nécessaire pour interdire ceux-ci ? Pour Freud, il est difficile de trouver une loi d'interdiction aussi universelle que celle de la prohibition de l'inceste qui n'aille à l'encontre d'un instinct (même si Freud est conscient que, dans certaines cultures, les mariages inscestueux étaient de règle pour certains privilégiés comme les rois). Néanmoins, quand Frazer , repris par Freud, nous dit qu'il n'y a pas de loi ordonnant à l'homme de manger et de boire, on pourrait répondre qu'il est des lois qui, par exemple, obligent à veiller sur la maternité et à prendre soin des enfants.
9) Les formulations postfreudiennes de la psychanalyse ne vont pas reprendre la perspective anthropologique sous-jacente à la conception de Freud. Ce dernier aurait même confié à un de ses disciples, Kardiner , un peu par ironie, que celle-ci n'était pas " à prendre trop au sérieux " et qu'elle lui serait venue à l'esprit " un dimanche pluvieux ".
Tobie Nathan, dans "Les enfants victimes d'abus sexuel" (M. Gabel), ne cache pas son opinion à propos de la théorie freudienne : "C'est de la négligence de cette distinction que découle en grande partie la non-pertinence anthropologique de Totem et Tabou de Freud (1912).

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