A Paris, les coulisses toxiques des mini-salons de coiffure

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Message par Admin le Dim 5 Juil - 20:31

A Paris, les coulisses toxiques des mini-salons de coiffure

Par Julie Marceau | Etudiante en journalisme | 05/07/2009 | 15H10


Les produits de coiffure et manucure peuvent être dangereux pour les employées, dans des commerces étroits et mal ventilés.





A Paris, les coulisses toxiques des mini-salons de coiffure 2009_07_05_nail_salon_paris_inside
Chez coiffeurs et dans les « nails salons » français, des dizaines de milliers d'employés manipulent chaque jour des produits toxiques, voire cancérogènes. La législation européenne dans ce domaine est citée en exemple ailleurs dans le monde, mais elle est insuffisante et pas nécessairement respectée.

A Paris, les coulisses toxiques des mini-salons de coiffure 2009_07_05_quartier_chateau_deau_paris
C'est ce que j'ai pu constater à Paris, près du métro Château-d'Eau, un quartier afro-antillais du Xe arrondissement connu pour ses petits salons. Des hommes à l'accent camerounais insistent pour que je les suive :

« Madame, une coupe de cheveux ? Des soins pour tes ongles ? Allez ! Une “french manucure”, je te le fais pas cher… »
Ces rabatteurs sont payés pour attirer des clients dans les salons de coiffures et « ongleries » à bas prix. Ces commerces sont si nombreux que dans la rue, il est difficile de ne pas percevoir la puissante odeur se dégageant des colorants, fixatifs, vernis, solvants et autres dispositifs servant à embellir les cheveux et les ongles.
Une odeur désagréable pour le passant mais aussi potentiellement dangereuse pour celui ou celle qui la respire quotidiennement pendant de longues heures.
En tête de liste des substances toxiques : le toluène et le formol



Irritation des yeux, de la peau, des voies respiratoires, difficultés de concentration, apparitions d'allergies, impact sur le développement du bébé : les composantes toxiques des produits capillaires et des ongles peuvent avoir de nombreux effets, selon différentes études soigneusement compilées dans un rapport de Women Voices for the Earth.
Cette organisation américaine, qui s'est penché sur la condition des employées des nails salons aux Etats-Unis, place en tête de liste certaines substances comme le toluène ou le formol. des substances légales en Europe, dont la législation est pourtant plus sévère.
J'entre chez « Helene ongles », rue du Château-d'Eau. Une dizaine de jeunes filles, toutes d'origine vietnamienne, sont assises les unes à côté des autres. Elles s'affairent à limer, couper, poser de faux ongles ou appliquer du vernis.
A Paris, les coulisses toxiques des mini-salons de coiffure IMG_1953
Je demande un soin de base. Après avoir coupé mon excès de cuticules, la jeune travailleuse originaire d'Hô-Chi-Minh-Ville, qui parle très peu le français, applique un produit liquide transparent pour la finition.
Ingrédient numéro 1 noté sur le flacon : le toluène. Sa toxicité peut se transmettre au foetus. A forte concentration, elle peut aussi abîmer les reins et le foie.
Impossible en revanche de confirmer la présence de formol, utilisé notamment pour la résine qui permet de poser les faux ongles. Dans ce salon vietnamien, cette dernière est achetée en gros, et le récipient n'a pas d'étiquettes. Selon les spécialistes que j'ai interrogé, c'est cependant une substance fréquemment utilisée dans ces commerces.
Des études recommandent le port d'un masque à cartouches filtrantes



Le formol, qui sert aussi d'agent conservateur pour les cheveux, est classé cancérogène par plusieurs spécialistes, dont ceux du Centre international de recherche sur le cancer. En cas d'exposition pendant plusieurs années, cette composante est notamment reliée au cancer du rhinopharynx.
Certaines études recommandent de porter un masque à cartouches filtrantes quand on le manipule, soit l'équivalent d'un masque à gaz. Malgré l'avis des experts, la Commission européenne continue de considérer le formol comme « possiblement cancérogène » plutôt que « cancérogène avéré ».
L'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement (Afssa) a toutefois émis un avertissement concernant son utilisation, en 2008.
Rue du Château-d'Eau, rares sont ceux qui acceptent de parler de leur environnement ou de leurs conditions de travail. Plusieurs commerçants ont récemment été sanctionnés pour avoir embauché des sans-papiers et craignent une nouvelle inspection de la police.
« Leur peau était irritée, elles avaient des boutons »


La propriétaire du salon de pédicure et manucure vietnamien où je me suis rendue, Nguyen Thi Lan Huong, est l'une des rares qui acceptent de m'accorder une entrevue. Elle confie que deux de ses employées ont déjà eu des réactions cutanées : « Leur peau était irritée, elles avaient des boutons. »
Elle assure toutefois qu'à la suite d'un rendez-vous chez le médecin, les symptômes ont cessés, et ajoute qu'en huit ans de métier, elle n'a jamais eu d'autres problèmes.
Je lui demande pourquoi certaines femmes portent des petits masques de protection bleus, si cela a un lien avec les substances toxiques. Réponse : « Non, ça c'est pour la poussière. »
Nguyen Thi Lan Huong embauche surtout des femmes, mais elle n'est pas la seule. Le personnel des salons de coiffure et de beauté en France est composé à plus de 80 % de femmes, dont la plupart jeunes et parfois enceintes.
Des salons minuscules où s'entassent les employés dix heures par jour



Autre facteur inquiétant : les structures sont petites. En France, 98% des salons de coiffure comptent moins de dix employés, selon une étude de l'Insee.
Dans le quartier, un salon qui fait à peine une quinzaine de mètres carrés peut facilement contenir six employés, qui travaillent une dizaine d'heures par jour. Leurs locaux sont souvent mal ventilés et pleins à craquer, surtout le samedi.
Dans ces configurations, la concentration de produits toxiques dans l'air augmente. C'est ce qu'explique l'épidémiologiste France Labrèche, qui a participé à une étude sur les caractéristiques des composants chimiques dans les salons de coiffure, au Canada.
Des centaines d'entre eux ont été interdits depuis la création par la Commission européenne, en 1976, d'une « liste noire » des ingrédients nocifs, la directive 76/768/CEE. De nouvelles substances s'ajoutent d'année en année. En 2006, une vingtaine de colorants à cheveux ont été bannis.
« Les autorités de surveillance ont des ressources limitées »



Le Bureau européen des unions de consommateurs, un organisme qui fait du lobbying auprès de la Commission européenne, affirme que la législation est encore trop souple. La chef du département Environnement et Sécurité, Laura Degallaix, note que la loi peut être facilement contournée :

« C'est un gros défaut de la réglementation. Les fabricants de produits cosmétiques et les distributeurs ont la responsabilité légale d'être en conformité avec la loi, mais personne ne vérifie vraiment s'ils le font…
Il y a des inspections aléatoires au sein des états membres, mais souvent, en France par exemple, les autorités de surveillance ont des ressources financières limitées pour effectuer les inspections. »
Dans le Xe arrondissement, plusieurs commerçants achètent leurs produits à l'extérieur du territoire européen.
Nguyen Thi Lan Huong, qui a appris le métier en Californie, préfère se procurer des cosmétiques venus des Etats-Unis :

« Je les commande là-bas et ça vient en bateau. J'achète en vrac et je fais mes propres mélanges ici. Mais il n'y a rien de toxique, car tout est déclaré. Et ce sont les douaniers qui vérifient. »
« Si c'est nocif pour la santé, moi j'aimerais le savoir »


Juste en face, le propriétaire d'un salon de coiffure qui offre des services de pédicure et manucure affirme que plusieurs commerçants achètent leurs produits en Afrique :

« On ne sait pas si c'est toxique, on n'est pas des experts. Les gens ils ne le savent pas. Mais si c'est nocif pour la santé, moi j'aimerais le savoir. »
Si les douaniers contrôlent l'importation de produits cosmétiques à des fins commerciales, ils n'ont pas l'expertise pour reconnaître les centaines d'ingrédients interdits par la législation, concède le porte-parole du département Entreprise et Industrie à la Commission européenne, Ton van Lierop :

« C'est aux parties qui font le commerce de produits cosmétiques, les fabricants et les distributeurs, de s'assurer qu'ils respectent les règles européennes. »
Pas d'obligation d'établir des fiches de sécurité



Pour vérifier si les produits vendus dans les salons de coiffure sont conformes, nous en avons acheté une dizaine de façon aléatoire. Après analyse avec une consultante qui a dirigé les tests à l'UFC-Que Choisir pendant dix-sept ans, Marie-France Corre, aucun n'était illégal, mais plusieurs comportaient un étiquetage douteux.
Selon cette auteure de »La Consommation responsable de A à Z », la règlementation européenne en matière de cosmétiques protège les particuliers, mais demeure inadéquate pour les professionnels qui manipulent chaque jour des produits toxiques :

« Il faudrait qu'il y ait davantage de contrôle sur les produits utilisés, des obligations plus spécifiques sur la ventilation et des fiches de sécurité comme on en trouve dans d'autres secteurs, comme la médecine, par exemple. »
Le ministère du Travail confirme que ces fiches ne sont pas obligatoires :

« Etant donné que les cosmétiques relèvent d'une réglementation de mise sur le marché spécifique, les fabricants ne sont pas soumis aux obligations d'étiquetage et de fourniture de fiches de données de sécurité du code du travail. Seule la composition exacte du produit figure sur l'emballage. »
Les propriétaires de salons qui ont accepté de me prarler assurent pour leur part qu'ils afficheraient ces fiches s'ils en avaient :

« Comme ça, on saurait ce qui est toxique ou pas. »
Photos : La vitrine d'un coiffeur et « nail salon » à Paris (Jetheriot/Flickr) ; dans le quartier Chateau-d'Eau, à Paris ; mes ongles fraîchement manucurés (Julie Marceau)

_________________
A Paris, les coulisses toxiques des mini-salons de coiffure 08-24-10Ne remettez pas à demain les mots aimables que vous pouvez prononcer aujourd'hui.
N'oubliez pas de dire "Je t'aime", ces mots si courts et si importants ,
pour ne pas avoir à dire "J'aurais dû lui dire que je l'aimais."
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