Le passage à l'acte incestueux

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Message par kellie le Jeu 18 Nov - 7:52

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Le passage à l'acte incestueux.
Point de vue psychanalytique
Serge Lebovici (dans "les enfants victimes d'abus sexuel" sous la direction de Gabel) déclare : "on pense trop facilement qu'une théorie de la séduction est nécessaire pour expliquer les agressions sexuelles dont sont victimes les enfants et les adultes. Une telle exigence conduit à des discussions à l'évidence stériles, surtout lorsqu'il s'agit de pratiques incestueuses (...). Les pratiques incestueuses relèvent donc de la violence plus que de la séduction".
A défaut d'être nécessaires, les théories psychanalytiques de la sexualité infantile et de la séduction sont utiles à la compréhension du phénomène incestueux.
Freud estime qu'un traumatisme sexuel précoce serait un facteur pathogène dans la structuration de la personnalité, mais il renoncera à la théorie de la séduction traumatique sans doute en raison du puritanisme de l'époque. Pourtant, en élaborant sa théorie des pulsions, Freud montre que les besoins sexuels de l'enfant s'oriente naturellement vers le parent de sexe opposé.
Dans " Névrose, psychose et perversion " , il fait état d'un fantasme de fustigation que connaitrait tout enfant et qui, selon Freud, " dérive de la liaison incestueuse ". Ce fantasme se déroule en trois phases. Dans la deuxième phase, la petite fille révèle ses désirs incestueux envers son père par la pensée d'" être battu par le père ". Le père a alors le devoir de refuser ce désir afin qu'il puisse se diriger vers une autre personne. Le pervers, ainsi que la plupart des père incesteux, s'oriente vers ce désir passif de la fille. Celle-ci opte alors pour la position de " laisser faire " qui lui permet de décharger la culpabilité inhérente à cette relation sur son père. Il pourrait alors s'agir d'un sadomasochisme latent. Le traumatisme de l'inceste serait du à la confrontation du fantasme avec la réalité.
Freud, dans sa théorie de la séduction a ébauché le rôle fondamental du père mais il a ensuite préféré se diriger sur la mère séductrice. Marie Balmary pense que Freud a refoulé cette découverte car il ne pouvait accepter la " théorie de la faute du père".
Ferenczi reprend l'idée du traumatisme sexuel précoce après freud, mais son approche ne fut pas acceptée par ce dernier, ce qui les amena à la rupture. Ferenczi déclare qu'il est impossible de nier l'existence réelle des abus incestueux, comme avait pu le faire Freud auparavant avant de se rétracter.
Ferenczi postule que l'acte incestueux se déroule sur un canevas particulier relatif à la confusion de langue entre l'adulte et l'enfant : "un adulte et un enfant s'aiment; l'enfant a des fantasmes ludiques, comme de jouer un rôle maternel à l'égard de l'adulte. Ce jeu peut prendre une forme érotique, mais il reste pourtant toujours au nivau de la tendresse. Il n'en est pas de de même pour l'adulte, ayant des prédispositions psychopathologiques, surtout si leur équilibre ou leur contrôle de soi ont été perturbé par quelque malheur, par l'usage de stupéfiants ou de substances toxiques. Ils confondent les jeux des enfants avec les désirs d'une personne ayant atteint la maturité sexuelle et se laissent entraîner à des abus sexuels dans penser aux conséquences" (p130). L'enfant est incapable de saisir le sens des proposition du parent car il y a alors trop ou pas de sens à cette érotisation de l'acte parental.
Par ailleurs, il s'agit du rapport entre deux individus n'ayant pas un statut égalitaire. L'enfant, se sachant inférieur à l'adulte, ne peut se défendre. Par la peur, ils seront finalement contraint à une soumission automatique vis à vis de l'agresseur et par la suite vont s'identifier à ce dernier. Ferenczi reprend alors la notion d'identification pour la remplacer par l'introjection de l'agression. Celui-ci devenu objet interne va être régi par le processus primaire, donc le principe de plaisir, ainsi, le psychisme de l'enfant va pouvoir le transformer, le remodeler, et il va parvenir alors à revenir à un "état antérieur de tendresse".
Ferenczi émet donc l'hypothèse que l'enfant, dont la personnalité est trop peu développée, ne réagit pas au "brusque déplaisir par la défense comme ce serait le cas pour un adulte, mais par l'identification anxieuse et l'introjection de l'agresseur . L'auteur fait d'ailleurs une nouvelle fois référence à Freud qui explicitait qu'un stade d'identification était toujours le précurseur à la capcité d'éprouver un amour objectal. Ferenczi qualifie ce stade d'identification de stade la tendresse ou stade le l'amour objectal passif, pendant lequel les enfants imaginent prendre la place du parent de même sexe, mais en restant dans le domaine du jeu sans vouloir véritablement concrétiser cette pensée, ne pouvant se priver de cette tendresse essentielle que délivre ce parent.
En ce qui concerne l'adulte, la culpabilité serait responsable de la transformation de l'objet d'amour en un objet ambivalent, d'une part objet de haine et d'autre part objet d'affection. Mais la haine ne peut être comprise par l'enfant qui, surpris, l'effraie et le traumatise.
Il désire pousser plus loin le raisonnement de ferenczi et introduit la notion de "signifiants énigmatiques" et de "séduction originaire" qu'il explicite de la façon suivante : "(...) cette situation fondamentale où l'adulte propose à l'enfant des signifiants non verbaux aussi bien que verbaux, voire comportementaux, imprégnés de significations inconscientes".
Laplanche a repris la théorie de la séduction : la séduction maternelle serait originaire et éveillerait l'enfant à la sexualité mais n'engendrerait aucun traumatisme, à l'inverse de la séduction paternelle qui, elle, est symbole de violence.
De plus, Laplanche propose une perspective intéressante, celle de la théorie de séduction généralisée qui permet de concilier le complexe d'Oedipe et la théorie de la séduction freudienne. Il suggère l'analyse de l'acte incestueux avec les outils de la métapsychologie. Pour ne pas être parvenu à cette idée, l'erreur de Freud aurait été de concevoir le passage à l'acte comme la réalisation du complexe d'Oedipe. Or l'Oedipe n'est pas l'inceste, même si il arrive que ce soit là la composante majeure.
Point de vue criminologique.
Dans une approche criminologique, le passage à l'acte incestueux peut être étudiés par ses différentes composantes :
- sa nature comportementale
- sa nature communicationnelle
- sa nature sociale
- sa nature psychopathologique
- sa nature dynamique
Le plus souvent, ces descriptions aux multiples facettes sont trop " lourdes " d'informations et sont donc ramenées à certains aspects dynamiques et cliniques dans une perspective essentiellement phénoménologique.
En premier lieu, il est important de noter la distinction à faire entre les termes "agressivité " et " violence ". En effet :
¨ L'agressivité peut être de forme sadique ou masochiste. " Il s'agit toujours d'un mélange de plaisir, d'érotisation, donc de libido avec une volonté d'attaquer l'objet ou soi-même " (Bergeret ).
¨ La violence au sens propre se réduit à un dynamisme de défense sans intervention de la libido. Il s'agit alors pour le sujet de se défendre contre l'autre, de préserver sa vie et son droit à la vie. La vioence " authentique " qui a été repérée par Freud à maintes reprises, consiste en un instinct originaire universel et commun à l'homme et à l'animal.
Le passage à l'acte est l'expression d'un dysfonctionnement de l'appareil psychique, il est le témoin d'une rupture entre le registre de la parole et celui de l'action. " Associé à cette rupture et à son expression sous forme de passage à l'acte, il existe un défaut de mentalisation. (...) D'une part, la primauté de l'action motrice semble canalise toutes les énergies et paraît empêcher la mentalisation (...), et d'autre part, le " défaut structurel " de la capacité de mentalisation peut aussi peut favoriser la prédominance des passages à l'actes en tant que fonctionnement privilégié. " (Millaud )
Une recherche de Van Gijseghem tend à montrer que la pathologie n'est pas l'élément le plus important à considérer bien qu'elle constitue un risque supplémentaire du passage à l'acte. HAESEVOETS , pour sa part, a écrit : " Il n'existe pas de familles incestueuses sans psychopathologie sous-jacente. L'inceste n'est pourtant pas pathologique en soi. Cependant, c'est l'usage qui en est fait au sein de la famille, à travers ses modes d'expression, d'échange, son niveau d'intégration et de compréhension des interdits, et la qualité des messages transmis à ses enfants, qui prédispose le système familial aux troubles et influence son degré de pathologie. Le niveau de psychopathologie se mesure également à l'état psychique de l'enfant victime et au processus de traumatisation sexuelle. ".
Gilles FORMET différencie l'inceste en fonction de la pathologie de l'abuseur : " Chez le névrosé, la fonction de l'inceste est de combler le manque, cela s'adresse à l'autre, il y a monstration et l'inceste est alors un acting-out. Chez le psychotique, l'inceste a comme fonction de faire advenir le manque, c'est un passage à l'acte. Enfin, chez le pervers, il y a déni de la castration, c'est la réponse que le sujet se donne à lui-même, l'inceste est alors un symptôme ".
Van Gijseghem adopte la position suivante pour étudier le passage à l'acte incestueux : " Peu importe l'organisation de personnalité, pathologique ou non, la propension au passage à l'acte sexuel intergénérationnel relèverait de l'absence d'un organisateur psychique précis " . L'organisateur en question est ici la barrière contre l'inceste c'est-à-dire l'intériorisation de l'interdit.
Un enfant cherche toujours à accéder à la sexualité de son parent, et une barrière viendra s'interposer entre son désir et la réalisation de celui-ci, permettant ainsi d'inhiber ce fantasme sexuel. En effet, le parent en question saisit le désir de son enfant et il va instaurer cette barrière à son propre enfant comme il l'a lui-même expérimenté en étant enfant. Le parent va donc ignorer la sexualité de l'enfant et ainsi va pouvoir se maintenir en dehors. L'enfant refoulera alors à son tour ce désir incestueux. Grâce à ce refoulement, une fois adolescent, il pourra chercher à investir des objets extra-familiaux.
L'anamnèse du père incestueux met en général en relief les éléments suivants :
- Des relations sexuelles entre pairs recouvre en général la période dite de "latence" et cette dernière ne peut alors plus porter ce nom.
- L'objet sexuel a peu d'importance car l'acte peut être tantôt homosexuel, tantôt hétérosexuel, et ce jusqu'à l'adolescence.
- Même dans une relation durable, la sexualité est indépendante des autres dimensions de la relation.
- Le sujet privilégie l'activité masturbatoire.
Arrivé à l'âge adulte, différents éléments peuvent être relevés :
- Un grand nombre de chercheurs notamment Frud Neil , pensent qu'un père incestueux n'est pas satisfait dans d'autres formes sexuelles que l'inceste ; leur épouse est souvent frigide, frustrante, autoritaire, ou absente, parfois malade, infantile, immature ou handicapée.
- Certains pères sont hypersexués et peu inhibés, ou le deviennent au-fur-et-à-mesure des pratiques incestueuses. Ils ont besoin d'un grand nombre de rapports dans la même journée, alors que leur épouse n'en tolère qu'un peu ou pas du tout. Ils redécouvrent parfois la masturbation pendant une période, avant de passer à des relations incestueuses avec leur fille, à travers des approches exhibitionnistes et masturbatoires, selon les circonstances.
- Ils ont rarement recours à la prostitution, ils n'ont pas d'aventure extra-conjugale et vivent d'une manière isolée, sans activité extérieures.
- Une grande proportion de pères incestueux sont frustrés sur le plan sexuel et envisagent leur fille comme une partenaire sexuelle potentielle, voire attractive, en tant qu'objet de leurs fantasmes et désirs les plus incestueux, et les plus secrets.
Van Gijseghem pense que le père incestueux n'a pas nécessairement connu d'expériences similaires dans son enfance (à savoir, l'inceste réalisé), mais qu'il y a toujours un antécédent plus ou marqué et plus largement, une abolition de la distance intergénérationnelle.
Par ailleurs, les pères semblent tous être passé dans leur enfance par une absence d'affection et l'autre n'a donc pas pu être investi comme objet. L'enfant sera alors investi comme objet de satisfaction (y compris sexuelle) et le père ne perçoit pas la nécessité de préserver le statut de l'enfant.
Suite à son expérience précoce de la sexualité, le père, lorsqu'il perçoit les premiers signes de maturation sexuelle chez sa fille, la considère alors capable d'accéder au monde adulte. Ceci, bien sûr, permettrait de mettre à jour le passage à l'acte du père vers l'enfant qu'il ne considère pas comme tel mais, en aucun, cas, ne permet de comprendre la transgression d'un tabou ancré profondément à la culture humaine.
Le déplacement de partenariat sexuel représente le point d'ancrage du système abusif, au sein duquel les frontières générationnelles sont floues, non respectées ou inexistantes, l'intimité sexuelle peu consistante et les inégalités entretenues. Des carences répétées à différents niveaux et des troubles de l'organisation hiérarchiques viennent compléter ce tableau.

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