Suicide, prévention: deviner le risque chez l'adolescent

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Suicide, prévention: deviner le risque chez l'adolescent

Message par kellie le Mer 24 Nov - 7:38


Comment repérer les signaux avertisseurs du suicide
et évaluer le risque chez un jeune

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Six points essentiels :• Les signaux avertisseurs récents sont repérables par le proche entourage.
• Les indices permanents du risque suicidaire sont mieux repérables par les professionnels.
• La prévention dépend des échanges d'informations entre les proches formés et les professionnels.
• Ne pas entretenir une anxiété qui pourrait devenir contagieuse.
Un suicide sur quatre résulte d'une impulsion irréfléchie. Il n’est donc pas prévisible.
• Ne laisser de toxique, d'arme à feu, de munitions ni de poisons agricoles à la portée d’aucun jeune.


Sommaire
Suicide : les signaux avertisseurs
Suicide : les indices permanents du risque
Suicide : deviner est à ma portée

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<td height=1>• Suicide : les signaux avertisseurs
Ce sont notamment des changements du comportement.



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Non regroupés dans la littérature jusqu'à présent, ce sont, à mon avis :
• des réactions de fuite,
• la survenue d'une dépression,
• l'inversion de l'humeur chez un déprimé,
• des ruminations exprimées,
• enfin des signes de la crise suicidaire.

</BLOCKQUOTE>
• Des réactions de fuite

Des comportements de fuite devant la réalité attirent l'attention :

• Une fugue une fois sur trois, selon l'enquête récente de Marie Choquet ;
• Des ivresses répétées : actuellement le signal avertisseur le plus sûr chez les adolescents (Windle). Les beuveries massives des adolescents sont un risque de tentative de suicide, d’autant plus qu’ils sont plus jeunes (Aseltine).
• Une explosion du tabagisme, un recours subit à la cocaïne, au crack ou au LSD (Legleye) ;
• Des conduites d'échec, comme l'absentéisme scolaire ;
Faute d'être grand dans la réussite, le jeune veut être grand dans l'échec.
• Une série de prises de risque : excès de vitesse, accidents, sauts à l'élastique, violences ;

• Un enfermement. Le jeune s'enferme avec ses musiques ou ses lectures ou l'Internet, où le suicide est valorisé (Kim 2006).
Il se coupe de sa famille, de ses amis, "On ne le reconnaît plus"

• Ses vêtements noirs, lectures et fréquentations deviennent "Gothiques" (Young) ou "Sataniques".
Il affiche ou acquiert des emblèmes macabres ou nazis,
il fréquente des sites Internet "sataniques",
il invective les religions décrites comme meurtrières
tout en faisant l'éloge de la mort comme libération.

<BLOCKQUOTE>
Ces réactions de fuite ne sont pas spécifiquement annonciatrices du suicide.
Elles sont ou elles annoncent toutes sortes de conduites dangereuses.
</BLOCKQUOTE>
On peut les interpréter comme des appels au secours, qui invitent l'entourage à rechercher les autres signaux avertisseurs, plus spécifiques.</TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE>
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• La survenue d'une dépression

Du mal-être à la dépression, on trouve tous les degrés.
Une personne sur cinq sera atteinte de dépression au cours de sa vie.
Tout déprimé est en danger de suicide. Le jeune ne se déclare pas spontanément déprimé mais, si je lui demande doucement : « Est-ce que tu as souffert de dépression ? », il ne s'en cache pas.

Mon rôle n'est pas de porter un diagnostic, mais d'être attentif à quelquesindices parmi les suivants :

<BLOCKQUOTE>Son humeur est devenue triste et irritable.
Il est insomniaque à la fin de la nuit, il se lève fatigué, et c'est le soir qu'il se sent le moins mal.
Il est ralenti, il peine à se concentrer comme à décider. Son rendement scolaire ou professionnel s'est détérioré : cercle vicieux pour l'estime de soi.
Tout désir a disparu. Il n'arrive plus à s'intéresser à ses tâches ni aux autres, ni à se faire plaisir. Sa vie lui paraît vide de sens et sans avenir.
Il est découragé, avec une impression d'échouer en tout, d'êtreinutile,
de ne plus rien valoir et que ce soit incurable.
Le remords l'envahit.
La couleur de ses vêtements tourne au noir, parfois le thème de la mort apparaît dans ses propos.
S'imaginant ne pas être aimé, il s'écarte des personnes qui tiennent à lui, souvent il se montre désagréable.
Je suis donc tenté de prendre le large, alors que j'ai à redoubler d'attention.
</BLOCKQUOTE>
Un enfant, un adolescent devient triste et paresseux, ses résultats scolaires s'écroulent. On croit bien faire en le secouant, c'est peine perdue.
Mieux vaut prendre le temps de l'écouter, de le prier de dessiner un personnage ou un arbre (qui sera lugubre), et de le persuader d'accepter une aide compétente.
En effet, tout un chacun est capable de deviner une dépression, mais la diagnostiquer pour de bon et la guérir avant qu'il ne soit trop tard seront du ressort du médecin.

• L’inversion de l’humeur chez un déprimé.

Une dépression peut n’être qu’une phase d’une maladie “maniaco-dépressive”. Elle alterne alors avec des phases de surexcitation : la personne parle sans arrêt, elle manifeste une “fuite des idées”, elle dépense et voyage impulsivement. On pourrait croire qu’elle va mieux alors que le risque de suicide est encore accru.

• Des ruminations exprimées : fait capital, la plupart des suicidés ont parlé de leur projet ou ont déjà fait une tentative. Considérons encore comme signaux :

• Une fascination nouvelle pour les morts violentes ou pour les suicidés.
• Les ruminations discernées à l'aide de l'analyse transactionnelle par J-G. Duquette et R. Fernet, dans le livre collectif de M-L. Morin (voir la Page des Références) :
- Je ne suis qu'un vaurien, ce sont les autres qui sont valables. La honte interdit d'exprimer ses émotions, interdit les projets à long terme, fait perdre le contact avec soi-même et rend vulnérable au suicide.
- Je ne suis qu'un vaurien et les autres ne valent pas mieux. La méfiance amène les conflits, le repli sur soi et le mépris de la vie.
- Il n'y a que moi de valable. La vantardise, l'arrogance sont de fréquents moyens de surcompenser la perte de l'estime de soi au risque de retourner sa colère contre soi-même dans un suicide agressif.
- J'étais contraint de vivre le rêve de ceux que j'aime et j'erre dans la vie.
- Je joue à la roulette russe (
persuadé de dominer le hasard ou que le hasard a une intention sur lui).
- J'imagine que j'existerai davantage mort que vivant.
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<td height=1>• La crise suicidaire
Il se néglige. Il déserte une activité qui donnait sens à sa vie.
Il fait cadeau d'objets auxquels il tient.
Il dit que la vie n'a pas de sens. Il exalte le courage de ceux qui se suicident.

<BLOCKQUOTE>
« Si je suis mort, ça ne gênera personne… Vous seriez bien mieux sans moi…
La vie n'en vaut pas la peine… Je suis écoeuré de tout…
Bientôt, je vais avoir la paix… Je vais faire un long voyage…
Si ceci ou cela n'arrive pas, il vaut mieux que je me tue…
Je veux rejoindre X (l'être cher décédé)… »
</BLOCKQUOTE>
À l'évidence, c'est une urgence.
À plus forte raison, s'il dit comment il envisage de s'y prendre et quelle arme ou autre moyen de se tuer il s'est procuré.
Ou s'il devient plus calme après une période agitée : cela peut signifier que sa décision est prise.

Ou s'il a fait antérieurement une tentative de suicide, comme indiqué plus loin..

<BLOCKQUOTE>
Intermittente au début, l'idée suicidaire devient une idée fixe.
Les autres solutions s'estompent.
Cette idée accroît la souffrance, contre laquelle la mort est de plus en plus imaginée comme la seule solution.
C'est la pensée en tunnel, l'incapacité de choisir entre plusieurs solutions : c'est une perte de liberté. C'est pour ce motif que le suicide n'est pas à regarder comme un acte libre.
À ce stade de la crise, une contrariété banale peut suffire à déclencher l'acte.
</BLOCKQUOTE>
La plupart des suicides sont précédés par ces changements du comportement, pendant une courte période d'une quinzaine de jours.
<BLOCKQUOTE>
Le même adolescent peut varier dans ses attitudes, comme l'a observé le psychiatre Alain Maunier. Tour à tour :
"Voyageur", vers une liberté imaginaire.
"Naufragé", submergé par l'angoisse.
"Déprimé", détourné de la vie par son sentiment de culpabilité.
"Apôtre", prosélyte de la mort, allant donner l'exemple.
"En survie", calmé parce que sa décision est prise.
</BLOCKQUOTE>
À moi de le prendre au sérieux en écoutant plutôt qu'en parlant :
Suicide, prévention : parler à l'adolescent en crise qui s'entête
Je me garde de me moquer de lui,
de moraliser, ni de le mettre au défi.

<BLOCKQUOTE>
Je lui prouve que je comprends sa détresse
et que je suis inquiet à son sujet.

J'essaye de l'aider de reconstruire ses liens avec ses proches.
</BLOCKQUOTE>
Les signaux avertisseurs sont souvent dissimulés au psychiatre (Busch 2003) alors qu'ils ont été confiés aux personnes que l'adolescent voit tous les jours : proches familiaux, amis, enseignants, gardiens de prisons même. Toutefois, ils font défaut une fois sur quatre. Ce fait est capital pour éviter de se culpabiliser à tort en cas de passage à l'acte.</TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE>
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<td height=1>Suicide : les 'indices permanents du risque", ou prédicteurs" (plutôt que "facteurs" du risque).
Ils sont mieux repérés en principe par un professionnel

<BLOCKQUOTE>
• Un passé de tentative de suicide ;
• Des troubles mentaux ;
• Une dépendance à l'alcool ou à des drogues ;
• Des traits de caractère ;
• Une ambiance, un contexte ;
• Un événement ressenti comme une perte.
</BLOCKQUOTE>
"En principe" a-t-il été indiqué ci-dessus. En pratique, le professionnel a beaucoup de mal à évaluer correctement le risque, même chez les personnes signalées comme ayant déjà fait une tentative de suicide (Beautrais 2004). Le risque de suicide chez les étudiants est dépisté par un questionnaire (Scott).
• Un passé de tentative de suicide
Un jeune sur dix a déjà fait une tentative de suicide, mais il est fréquent qu'il n'en dise rien.
Comme c'est le principal prédicteur d'un suicide (Cedereke), redisons ici qu'il faut saisir l'occasion, quand le jeune exprime une souffrance, pour ne pas hésiter à lui demander : « Peut-être as-tu déjà songé à en finir avec la vie ? »
Ses parents, s'ils en sont informés, croient souvent le protéger en cachant cet acte.
Au contraire, ce jeune a besoin d'être longuement suivi par un professionnel, au-delà de son court séjour hospitalier. Celui-ci va évaluer le risque (Cooper). Ce risque est d'autant plus grand que les idées suicidaires varient davantage (Witte).

• Des troubles mentaux
La dépression est la plus fréquente des maladies mentales. Quand la dépression est d'origine "maniaco-dépressive", elle est héréditaire. Il y a donc un risque héréditaire du suicide, démontré notamment chez les jumeaux. Il s'agit d'une vulnérabilité mais non d'une fatalité.
Plus haut, la survenue d'une dépression a été mentionnée parmi les signaux avertisseurs.
Ajoutons que la dépression s'installe souvent de façon si progressive qu'elle n'est guère remarquée, spécialement chez les enfants et chez les personnes âgées.
Il est banal que le déprimé refuse toute aide. Il faut de la patience pour répéter qu'il y a peut-être une part maladive dans son état et que quantité de gens ayant des troubles similaires sont à présent rétablis.
Cela, à condition d'avoir bénéficié d'abord d'un diagnostic, puis éventuellement d'un traitement. Le traitement médicamenteux est à lui seul insuffisant, de même que les psychothérapies usuelles. Les groupes de parole pour adolescents et les thérapies comportementales récentes paraissent recommandables (Barbe 2004 ; Jeammet)

<BLOCKQUOTE>
Si j'ai connaissance d'autres troubles mentaux (schizophrénie surtout),
d'un passé d'anorexie mentale (Latzer), de boulimie (Nickel), d'hyperactivité avec déficit de l'attention,
ou d'une épilepsie,
d'un coma après un choc sur la tête dans le passé du sujet,
d'une consommation d'un médicament contenant du millepertuis (Nanayakkara),
n'importe quel chagrin peut prendre des proportions dangereuses.
</BLOCKQUOTE>
En-deçà de la dépression, la mésestime de soi et de sa propre efficacité, l'abandon des études, l'incapacité à résoudre les problèmes interpersonnels sont chemins de suicide (Dieserud).
• Une dépendance à l'alcool ou à des drogues
Avant le stade de dépendance, bien des adolescents ont l'habitude de s'enivrer. S'ils ont le vin triste, une simple ivresse risque de s'achever en suicide. La majorité des personnes hospitalisées pour tentative de suicide étaient en état d'intoxication alcoolique (Wetterling).
La moitié des sujets atteints de dépendance alcoolique ont moins de 32 ans : le désespoir qui découle de cette dépendance (Flensborg-Madsen) ou d'une autre toxicomanie (Wines) est cause de nombreux suicides. Les idées suicidaires ne s'expriment pas parce que l'alcoolique est inconscient du carctèr emaladif de son état : c'est l'alexithymie (Sakuraba).

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Les tentatives de suicide sont plus fréquentes chez les fumeurs de tabac (Iwasaki) et de cannabis (Norlev), ce qui renvoie probablement aux causes de ces habitudes. En outre, les dettesaux trafiquants de drogues acculent au suicide plus d'un client.
L'addiction aux jeux de hasard dénote, elle aussi, un risque suicidaire (Ledgerwood), notamment à cause des dettes de jeu. Les joueurs suicidés étaient souvent atteints de troubles psychiques, pour lesquels ils évitaient de se soigner (Séguin).
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<td height=1>• Des traits de caractère

On ne soutient plus guère que la plupart des suicides soient déterminés par des maladies mentales.
Une enquête parmi ceux qui se sont ratés de peu a montré que c'est tout simplement l'impulsivité qui est en cause dans la plupart des cas, y compris chez les personnes âgées. Pour les psychiatres, le "raptus suicidaire" est un raptus anxieux. Voir :
"Suicide, prévention : peur de parler, objections qui tuent".

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Apprenons à remarquer d'autres traits comme
- un caractère instable, antisocial, porté aux agressions (Brent 1994);
- la recherche de sensations fortes, y compris les sauts à l'élastique ; les consommations paroxystiques d'alcool, de drogues : le goût pour le hard rock, le metal punk, les littératures dites sataniques ou gothiques (Young) ; les rodéos de voitures volées.
- des projets peu réalistes ou peu cohérents qui s'écroulent ;
- une tendance à se bercer d'illusions, à se croire tout-puissant ;
- une incapacité à tolérer les échecs ou frustrations
; Les femmes porteuses d’une prothèse mammaire après ablation d’un cancer du sein ont un risque de suicide multiplié par deux à trois. C’est avant l’opération qu’il faut dépister la prédisposition (Lipworth).
- une incapacité à exprimer ses sentiments verbalement, tandis qu'il inscrit ses tendances suicidaires sur des forums Internet (Barak) ;
- un besoin excessif d'attirer l'attention, de réclamer de l'affection ;
- une tendance à l'ennui ;
- une volonté rigide de perfection (O'Connor); toutefois, le perfectionnisme nocif est plutôt celui qu'impose l'entourage, notamment aux écoliers (Hunter).
- une énurésie dans l'enfance (Liu).
- de fréquents cauchemars (Tanskanen 2001) ;
- une homosexualité mal ressentie. 20% de ces personnes ont fait une tentative de suicide et 80% déclarent des idées suicidaires (Buffoli). Cette notion est à diffuser afin de mettre un terme aux propos insultants.
</BLOCKQUOTE>
L'adolescent craint souvent d'être anormal, au risque de se détester. Il est bon de lui répéter que chacun est unique, et aimé comme tel.
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Le suicide peut néanmoins frapper des personnes qui n'exprimaient aucun mal-être et qui, par exemple, apparaissaient ouvertes, sensibles, généreuses, rêveuses et calmes (Phare Enfants-parents). Tout adolescent est fragile, même s'il prend l'air d'un dur.
Ainsi, aucun jeune n'est à l'abri.
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<td height=1>• Une ambiance, un contexte
L'ambiance familiale pèse souvent lourd.

Quand les parents sont en conflit, le suicide menace davantage les fils et la femme.

Quand le père de famille a eu la vie dure, le risque de suicide de son fils est accru (Aleck)
De même, si le père est alcoolique (Glowinski).
De même, pour les enfants nés de mères adolescentes (Ekeus).
Les dislocations familiales sont au grand jour, mais il n'est pas facile d'être informé des troubles mentaux, tentatives de suicide, toxicomanies,violences, maltraitances affectives, coups, tyrannies et agressions sexuelles dans la famille (Pronovost, Le Heuzey, Dube, Bacskai, Corcoran)).
Quand la haine envahit une famille, la haine contre soi lui fait suite.
Répétons-le, quand les parents souffrent de dépression, leurs enfants sont menacés d'en souffrir aussi. Comme beaucoup de dépressions sont héréditaires, c'est surtout par ce biais que certains suicides ont une origine génétique (Goodwin).
Si l'un des parents s'est suicidé et si l'autre noue une nouvelle relation affective, l'adolescent le vit d'autant plus mal.

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Plus banalement, l'adolescent souffre d'un manque d'affection. Il ne se confie pas volontiers à ses parents (Ackard)
Cela le mène à se faire une triste opinion de lui-même.
</BLOCKQUOTE>
Bien des parents sont trop exigeants ou veulent que le jeune réussisse ce qu'ils n'ont pas réussi. En Extrême-Orient comme en Inde, dès l'école primaire, les parents exigent que l'enfant soit le premier, pour s'élever dans l'échelle sociale et gagner plus tard beaucoup d'argent.
Cette pression mentale est absurde puisqu'un seul sera le premier, et elle a déterminé de nombreux suicides (Dalal, Hanizam, Hunter, Labelle).
Rappelons le proverbe chinois : Si tu as la chance d'avoir un fils, pourquoi est-ce que tu le traites de petit c… ?
Plutôt qu'être briseurs de rêves, aux parents d'être encourageants."Aller à la racine du rêve pour voir ce qui est négociable avec la réalité" (J-M. Petitclerc). Prendre appui sur les réussites passées pour offrir un choix d'objectifs réalistes. Cela, en manifestant une inébranlable confiance en sa personne et en son avenir. "La société a besoin de l'adolescent."Ailleurs, c'est le laxisme des parents, leur absence de réaction devant les provocations, qui donnent au jeune l'impression qu'on se désintéresse de lui.

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Chez les adolescents adoptés, le risque de tentative de suicide est doublé (Slap 2001).</BLOCKQUOTE></TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE>
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<td height=1>• L'ambiance au travail devient périlleuse en cas de harcèlement pervers, ou de pressions excessives, ou d'un sentiment d'échec, ou d'un sentiment de solitude dans la multitude. L'insuffisance d'autonomie et d'occasions de créativité, bien plus que la pression sur les cadences de travail, a été corrélée aux 14 suicides observés chez plus de 3.000 salariés par Tsutsumi.
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Les professions qui impliquent le plus de contacts humains paraissent les plus exposées. On cite les psychiatres, dentistes, anesthésistes, pilotes de ligne.
</BLOCKQUOTE>
• L'ambiance socioculturelle des suicidaires est souvent caractérisée par l'isolement, le manque d'amis, de rencontres et donc de soutien. Ils ont souvent lu ou entendu des éloges du suicide. Les comportements à risques d'une personne ressemblent à ceux de ses amis (Prinstein 2001).
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Les suicides sont d'autant plus rares que le liens sociaux sont plus forts (Durkheim 1897). Un siècle plus tard, la recrudescence des suicides en Corée du sud est fortement corrélée à la décrue des mariages et de la natalité comme à la recrudescence des divorces (Park 2006) ; autrement dit, corrélée avec la raréfaction des personnes dont chacun peut dire : « Il y a au moins quelqu'un qui tient à moi. » Est-ce définitif ?
Le dégoût de la société serait le second motif indiqué par les parents de suicidés, après la déception amoureuse, selon l'enquête de l'association Phare Enfants-Parents.

Le risque de suicide ou de tentative est plus fréquent dans le sexe féminin, davantage touché par les dépressions (notamment après accouchements ou avortements), les viols, les violences domestiques, les mariages forcés, les réclusions au foyer ; et après les troubles du comportement alimentaire et les déceptions de la chirurgie esthétique (Beautrais).</BLOCKQUOTE>
La misère, le chômage prolongé (Mäki), l'actuelle morosité des médias exposent au suicide. Les personnes sans domicile hébergées par l'Armée du Salut en sont des exemples (Bonner).
Quand la situation macro-économique du pays est florissante, les suicides des femmes augmentent et ceux des hommes diminuent. La cherté des loyers et les suicides d'adolescents sont corrélés (Berk).
Les immigrés et surtout leurs filles sont très vulnérables.
Ceux qui ont été abondamment victimes des brutalité de leurs camarades à l'école le sont aussi (Kim; Roeger). Les victimes de persécutions sur l’Internet ont un risque accru d’idées et de tentatives de suicides (Hinduja).
Plus faible est le niveau d'éducation, plus grand est le risque de suicide. Les adolescents ayant de la peine à lire et ceux qui ont quitté l'école prématurément ont un risque accru de tentatives de suicide (Daniel).
Toutefois, en Afrique du sud, les suicides sont nettement moins fréquents quand le niveau de vie est bas et quand les personnes sont classées comme de race noire (Burrows).

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Les indices du risque sont mieux connus et mieux identifiables par les psychiatres, psychologues et autres acteurs du champ social, mais à condition d'en avoir l'occasion.</BLOCKQUOTE></TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE>
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<td height=1>• Un événement ressenti comme une perte
L'événement peut à lui seul précipiter l'impulsion suicidaire,
en l'absence des signes du mal-être, en l'absence d'une ambiance inquiétante.

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- Déception sentimentale avant tout, rupture de couple ou de famille, déception par une personne idéalisée ;
- Passé de violences, viols
(Legleye), détresse post-traumatique PTSD (Cougle) ;
- grossesse
non désirée, avortement récent ; - dépression précédant ou suivant un accouchement ;
- disgrâce corporelle réelle, comme la petite taille, ou ressentie (Phillips, Mehler, Magnusson) ;
- échec scolaire, exigence non satisfaite ;
- racket subi, laissant la honte de s'être laissé prendre et la crainte de représailles en cas de plainte ;
- solitude, rupture de liens sociaux, par exemple dans une secte ou à la suite d'un déménagement. Le fait de déménager à plusieurs reprises dans l’enfance ou l’adolescence est un facteur indépendant de risque (Qin). En prison, la détention en cellule individuelle multiplie par neuf le risque de suicide (Fazel).

</BLOCKQUOTE>
Deuil, anniversaire d'un deuil. L'adolescence est l'âge où le deuil est le plus difficile.
Après un suicide, les proches risquent de vouloir rejoindre le défunt dans la mort, surtout s'ils se reprochent de n'avoir pas prévu l'acte, si la violence de l'acte a été extrême, s'ils redoutent une fatalité héréditaire, si l'on a imposé le silence,

<BLOCKQUOTE>
Licenciement, ruine financière, faillite (Yamasaki).
Incarcération, (Konrad, Daigle), surtout si elle disloque les liens familiaux (Tartaro) et si le détenu est aussi drogué et atteint d'hyperactivité avec déficit de l'attention (Putnins). La sortie de prison ouvre aussi une période périlleuse (Pratt). La plus efficace prévention est celle que les détenus et les sortants de prison reçoivent d'autres détenus. Les "Samaritans" britanniques ont été autorisés à entrer en prison pour y entraîner les détenus volontaires, qui sont à leur tout intervenus auprès de 4.000 détenus.

Maladie chronique grave, comme un cancer, le SIDA, l'hépatite C, maladie douloureuse,
Calamité, suivie de "détresse post-traumatique". La détresse post-traumatique multiplie-t-elle par six le risque de suicide (Gradus) ? Ce serait ignorer les antécédents de dépression et de tentatives de suicide (Krysinska).
</BLOCKQUOTE>
Il s'agit en somme de pertes : perte d'un être aimé, d'une image idéale de soi, d'un proche ou de la société ; d'un acquis, d'une position ; du rêve enfantin de sa propre toute-puissance ou d'une providence au service de ses désirs ; ou d'un rêve d'avenir. Par exemple, chez les déçues de la chirurgie esthétique (Jacobsen).
Faute que cette perte soit réparée, c'est la vie elle-même qui perd son sens. Une perte qui n'est pas grave objectivement peut suffire à déclencher l'impulsion si le sujet est vulnérable, intolérant aux frustrations, ou si l'ambiance est défavorable.

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Cet événement ressenti comme perte est classé parmi les prédicteurs, c'est-à-dire les indices du risque mais ce sont les proches qui sont les mieux placés pour le remarquer.</BLOCKQUOTE>
Cet événement est naturellement suivi de changements du comportement, qui ne sont pas tous des signaux avertisseurs.</BLOCKQUOTE></TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE>
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<td height=1>C'est encore aux proches qu'il revient de remarquer ces changements du comportement et d'y discerner les signaux avertisseurs, tels qu'ils ont été décrits plus haut, et de ne pas hésiter à poser la question d'idées noires.
Cela, à condition que les proches soient motivés et formés.

<BLOCKQUOTE>
La prévention du suicide est donc l'affaire de tout le monde
en ce qu'elle dépend des échanges d'observations et d'informations entre les proches formés et les professionnels,
en vue d'intervenir immédiatement.
</BLOCKQUOTE>
À chacune et chacun de devenir aussi compétent qu'il est sensible tant pour interroger que pour pallier aux exclusions (Owens).
<BLOCKQUOTE>
Ce qui laisse une chance en permanence, c'est que l'adolescent désespéré est partagé :
partagé entre la peur de l'acte,
le désir de mourir, et
le désir de vivre autrement, au risque de l'absurde.
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<td height=1>[b]Suicide : deviner est-il à ma portée ?[/b]
C'est vrai dans la plupart des cas, mais malheureusement pas dans tous.Les informations ci-dessus méritent discussion.Une grande part des publications de "suicidologie" montrent que des adolescents ayant telle ou telle particularité ont un risque accru. Après un suicide, les proches voudront se documenter, hantés par le "Pourquoi ?". Ils pourraient s'accuser d'avoir été incapables d'apprécier à sa juste valeur tel ou tel signal avertisseur ou indice de risque. Cela rendrait encore plus cruel leur deuil.

Ce serait une erreur, pour plusieurs raisons :

<BLOCKQUOTE>
- La proportion des suicides impulsifs, décidés en moins de cinq minutes, impossibles à prévoir, est bien plus importante qu’on ne l’imaginait : 40% à 24% (Williams 1980, Simon 2002). Il faut le répéter pour déculpabiliser les parents qui se reprocheraient de n'avoir pas vu venir.

- Les publications ne montrent que des corrélations, mais sans que soit établis des liens de cause à effet.

- Il ne faut pas confondre vulnérabilité et fatalité.

- Les signaux et indices énumérés ci-dessus sont si nombreuxqu'on ne trouverait aisément ni un parent ou un psychiatre qui les garde tous en mémoire, ni un adolescent qui en soit exempt.
Pourtant, l'immense majorité des adolescents ne tente pas de se suicider. Si l'on n'envisage que leurs raisons de s'enlever la vie, on néglige leurs raisons de vivre. Qui sait prédire quel penchant prendra le dessus ?
Dans le livre de M-L. Morin, Claude Thibault transmet ce mot d'une adolescente qui s'est ravisée après un épisode suicidaire : « La vie, c'est pour la vie.»
</BLOCKQUOTE>
Aux proches de ne pas disperser leur attention, ni entretenir une anxiété qui pourrait devenir contagieuse. Plutôt se concentrer sur les signaux avertisseurs placés en tête de cette Page, et maintenir une ambiance de confiance
Bien entendu, ne pas laisser de toxique, d'arme à feu, de munitions ni de poisons agricoles à la portée du jeune.
À la suite de la réglementation des armes à feu au Québec, les suicides masculins sont devenus moins fréquents (Gagné).En Allemagne, un jeune a fait un massacre dans son lycée et s’est aussitôt suicidé. Son père entreposait des armes de guerre et des munitions alors que ce jeune était déprimé, ce qui dénotait un risque de suicide. Si cette dépression était bipolaire, elle impliquait le risque de massacre.

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Redisons que le principal indice du risque est le fait d'avoir déjà fait une tentative de suicide. Une pareille confidence ne vient que si le jeune se sent encouragé à dire ce qu'il a sur le cœur, et les occasions ne manquent pas : conduite à risques, humeur dépressive ou impulsive, repli sur soi, événement ressenti comme une perte. Si ce n'est pas moi qui prends lessignaux au sérieux immédiatement, qui le fera ?
Sur-le-champ, c'est le moment de lui demander comment il voit son avenir la semaine prochaine, puis de lui dire :« Écoute, il y a quelque chose qui ne va pas. Je tiens à toi et je m'inquiète. »

<BLOCKQUOTE>
Deviner l'imminence du suicide, c'est discerner le cri pour une vie autre qu'elle n'est. et bien entendu faire accepter l'aide du psychiatre.</BLOCKQUOTE></BLOCKQUOTE>
<BLOCKQUOTE>
Il est des moments où les parents du jeune ne sont pas les mieux placés pour être ses confidents. c'est donc aux grands-parents,aux autres proches et aux enseignants de se mettre à l'écoute. Tant mieux si l'adolescent bénéficie d'un réseau dans un mouvement de jeunes.</BLOCKQUOTE>
Si je suis infirmière scolaire, animateur sportif, assistante sociale, magistrat, avocat, membre du clergé, journaliste, mes fonctions me placent aussi pour être celui qui, dans le contexte des indices du risque, détecte les signaux avertisseurs.
<BLOCKQUOTE>
L'association "Samaritans", qui gère une écoute téléphonique, a proposé aux suicidaires de lui envoyer des SMS à son numéro de téléphone portable, avec un vif succès (Ferns). En France, leur mettre en main un téléphone appelant Fil santé jeunes à 3224.
REFERENCES</BLOCKQUOTE></TD></TR></TABLE></TD></TR></TABLE>

kellie
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