La drogue a tué Damien, mon fils de 19 ans

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La drogue a tué Damien, mon fils de 19 ans

Message par Admin le Jeu 4 Déc - 15:30




jeudi 04 décembre 2008

La drogue a tué Damien, mon fils de 19 ans




[b]Alcool, cannabis, cocaïne, héroïne, médicaments... Depuis juin 2005, à Allineuc (Côtes-d'Armor), Fabienne De Almeida menait un combat pour protéger son fils, toxicomane. Le 31 octobre, il s'est suicidé par overdose, à l'aube de ses 20 ans. Elle témoigne pour aider les familles qui vivent la même situation.


Enfant, Damien n'était pas facile, mais je réussissais à le gérer. Il était très proche de son papa, avec qui il partageait la pêche, le foot, les jeux de boules... Lorsque mon époux est décédé d'un accident dans la carrière où il travaillait, Damien avait 11 ans. Plus tard, adolescent, il lui a manqué une épaule forte : à 16 ans et demi, il est parti dans tous les sens. Il a d'abord fugué pendant deux mois. En juin 2005, interne au centre de formation des apprentis de Ploufragan et en apprentissage dans une boulangerie d'Allineuc, il s'est rebellé et s'est mis à boire, sans limites. Ses amis me disaient qu'il vidait une bouteille de whisky par jour.

Il fumait du cannabis et était devenu insupportable. Il n'acceptait pas l'autorité, a abandonné et repris son apprentissage à plusieurs reprises. C'est là que mon combat pour le protéger a commencé. Avec mon compagnon, que Damien appréciait beaucoup, on a demandé de l'aide : gendarmerie, juge pour enfant, éducateur... Je voulais passer du temps avec lui mais il ne voulait plus me voir. Les gendarmes ont essayé de le raisonner. Un soir, ils l'ont placé en garde à vue : il avait tenté de frapper l'un d'eux durant une interpellation.

Déféré au parquet et placé sous surveillance pendant deux ans par mesure éducative, j'ai voulu qu'il reste à la maison. La journée, il était seul et venait me voir à la mairie, où je suis agent d'entretien. Puis il s'est mis à sniffer de la cocaïne et des médicaments. Très vite, il a accumulé les dettes, était harcelé et menacé. C'est devenu l'enfer. Il ne se droguait qu'à l'extérieur car je ne voulais pas de ça sous mon toit. Quand il n'avait plus rien, il prenait tout ce qui lui tombait sous la main : neuroleptiques, antidépresseurs, somnifères. Il a perdu son groupe d'amis : seuls les jeunes comme lui l'intéressaient.

Hospitalisé à de multiples reprises, sans succès, je l'ai fait interner en pavillon fermé, à l'hôpital psychiatrique de Plouguernével. Il a tenté de se suicider et a fait un arrêt cardiaque après une surdose médicamenteuse. J'ai pris un mois d'arrêt pour m'occuper de lui. Il m'a avoué avoir tenté de mettre fin à ses jours parce qu'il avait été victime d'une agression sexuelle par un patient. Les gendarmes l'ont incité à porter plainte, mais il avait honte et peur qu'on ne le croit pas. Son père lui manquait, il voulait le rejoindre. On a dialogué et essayé de lui trouver des centres d'intérêt, en vain.

Il est passé à l'héroïne. Les crises de manque les plus terribles ont débuté : il devenait fou, colérique, cassait tout dans la maison. Peu de chose suffisait à perturber son environnement : sa dépendance le transformait au quotidien. Nouvelle tentative de suicide en juin, nouvelle surdose de médicaments et lettre d'adieu. C'est son petit frère qui l'a découvert. Pour la première fois, j'ai ressenti qu'il voulait s'en sortir. Mais l'hôpital ne voulait plus le garder : insupportable avec le personnel, il perturbait les autres patients. Ce que je crois, même si je n'ai pas accepté qu'il soit mis dehors. Il n'avait plus confiance dans les adultes. Moi, je n'avais plus confiance en lui : je n'en pouvais plus, je n'arrivais plus à le gérer. Fin octobre, il nous a répété qu'il voulait « crever ». Le 31, alors qu'il errait chez un ami à Quintin, il a décidé de mourir d'une overdose.

Si je témoigne, c'est pour dire qu'il faut aider les toxicomanes. Ils sont très fragiles, ont besoin de chaleur humaine, de respect. Il faut leur trouver des structures mieux adaptées avec du personnel qualifié. Les parents et l'entourage ne doivent pas baisser les bras. Sa grande soeur de 25 ans, Caroline, a toujours parlé ouvertement de la toxicomanie de son frère. Mais mon petit dernier, Vincent, 14 ans, avait plus de mal. Il se cachait lorsqu'il voyait gendarmes et pompiers débarquer. Maintenant, son frère lui manque, il semble mieux comprendre.

L'espoir a laissé la place à la peine et à la colère : certains soignants n'ont pas pris le temps de comprendre ses souffrances. Un médecin m'a même dit qu'il y avait plein de jeunes comme lui dans les rues et qu'il finirait en prison. La société rejette les toxicomanes : on vit dans un monde où il faut être beau et riche. Je ne réalise pas encore, je ne me sens pas moi. Le vide s'installe. Je m'en veux d'être passée à côté. Quelques jours avant sa mort, Damien m'a dit : « Bientôt, nous ne souffrirons plus. » Il m'a serré et m'a glissé : « Tu sais, je t'aime ma maman. » Il est allé voir sa chambre, celle de son petit frère, a embrassé nos chiens. J'ai cru qu'il voulait s'en sortir. Je n'ai pas compris que mon fils me disait au revoir.

Recueilli par Pierre FONTANIER.

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